Voie d’Elle

Comment gérer les tensions et les conflits dans une équipe ?

Toutes les équipes connaissent des désaccords.

12 min

Des priorités qui s'opposent.

Des incompréhensions.

Des façons différentes de travailler.

Des personnalités qui ne se comprennent pas toujours.

Contrairement à une idée répandue, ces situations ne sont pas le signe d'un mauvais management.

Elles sont une conséquence naturelle du travail collectif.

Une équipe rassemble des personnes aux expériences, aux compétences et aux sensibilités différentes.

Il serait illusoire d'espérer qu'elles partagent en permanence les mêmes analyses ou les mêmes attentes.

Le véritable enjeu n'est donc pas d'empêcher les conflits.

Il consiste à éviter que les tensions ne deviennent destructrices.

Car un conflit ignoré ne disparaît pas.

Il change simplement de forme.

Les échanges deviennent plus froids.

Les informations circulent moins bien.

Les malentendus se multiplient.

Les décisions sont contestées sans être réellement discutées.

La coopération s'affaiblit.

À l'inverse, une tension abordée avec justesse peut devenir une occasion de clarification, d'apprentissage et de renforcement du collectif.

Le rôle du manager n'est pas de supprimer les désaccords.

Il est de créer les conditions pour qu'ils puissent être exprimés, compris et dépassés.

Tension ou conflit : quelle différence ?

Ces deux mots sont souvent utilisés comme des synonymes.

Ils désignent pourtant des réalités différentes.

Une tension apparaît lorsqu'un désaccord, une frustration ou une incompréhension commence à s'installer.

Les échanges restent possibles.

Les personnes continuent à travailler ensemble.

Mais quelque chose devient plus difficile.

Le conflit correspond à une étape supplémentaire.

Les positions se figent.

La relation prend davantage de place que le sujet initial.

Les intentions de l'autre sont parfois interprétées négativement.

Le dialogue devient plus compliqué.

Toutes les tensions ne deviennent pas des conflits.

En revanche, la plupart des conflits ont commencé par une tension qui n'a pas été traitée.

C'est pourquoi le manager gagne à intervenir tôt.

Les conflits ne portent pas toujours sur ce qu'ils semblent montrer

Une discussion vive autour d'une réunion ou d'un planning cache rarement uniquement un problème d'organisation.

Derrière un conflit peuvent se trouver :

  • des attentes différentes
  • un manque de reconnaissance
  • une répartition du travail jugée injuste
  • des responsabilités mal définies
  • une communication insuffisante
  • une perte de confiance
  • des changements mal compris

Le sujet visible constitue parfois seulement la partie émergée de la situation.

Le manager qui cherche uniquement à résoudre le symptôme risque de voir le conflit réapparaître quelques semaines plus tard.

Avant de chercher une solution, il est souvent plus utile de comprendre ce qui nourrit réellement la tension.

Intervenir avant que les positions ne se figent

Plus une difficulté reste sans être abordée, plus chacun construit sa propre interprétation.

Les intentions de l'autre deviennent des certitudes.

Les échanges diminuent.

La méfiance augmente.

Le manager peut être tenté d'attendre en espérant que les personnes finiront par trouver une solution seules.

Cela arrive parfois.

Mais lorsque la tension s'installe durablement, le silence devient lui-même un message.

L'équipe peut avoir le sentiment que le sujet n'est pas important ou que personne n'ose le traiter.

Intervenir tôt ne signifie pas dramatiser.

Il s'agit simplement de reconnaître qu'une difficulté existe et qu'elle mérite d'être comprise.

Écouter les personnes séparément avant de réunir le collectif

Lorsque le conflit concerne deux collaborateurs, le manager gagne souvent à rencontrer chacun individuellement.

Ces premiers échanges permettent de comprendre :

  • comment chacun perçoit la situation
  • quels faits sont partagés
  • quelles interprétations diffèrent
  • quels besoins restent insatisfaits
  • ce que chacun souhaite voir évoluer

Ces entretiens ne servent pas à déterminer qui a raison.

Ils permettent de préparer un dialogue plus serein.

Chaque personne se sent d'abord entendue.

Le manager recueille suffisamment d'éléments pour éviter de découvrir les difficultés au moment de la rencontre commune.

Revenir aux faits

Dans un conflit, les personnes parlent rapidement des intentions.

"Il ne me respecte pas."

"Elle fait exprès."

"Il cherche à me mettre en difficulté."

Ces affirmations traduisent souvent un ressenti sincère.

Mais elles restent difficiles à vérifier.

Le manager peut alors revenir à des éléments observables.

Que s'est-il passé précisément ?

À quel moment ?

Quels comportements ont été observés ?

Quels effets ont-ils produits ?

Les faits ne suffisent pas à résoudre le conflit.

Ils permettent cependant de construire une base commune.

Ils évitent que la discussion repose uniquement sur des suppositions.

Aider chacun à comprendre l'autre

Dans un conflit, chacun raconte une histoire cohérente de la situation.

Le manager n'a pas pour mission d'imposer une vérité unique.

Il peut plutôt aider les personnes à découvrir qu'il existe plusieurs lectures d'un même événement.

Comprendre ne signifie pas être d'accord.

Mais reconnaître que l'autre agit parfois avec des intentions différentes de celles que l'on imaginait ouvre déjà un espace de dialogue.

Cette étape demande du temps.

Elle suppose une écoute réelle.

Elle ne peut pas être remplacée par une simple recherche de compromis.

« Les conflits s'apaisent rarement lorsque chacun cherche à avoir raison. Ils évoluent lorsque chacun commence à comprendre ce que l'autre cherche à protéger. »

Recentrer la discussion sur l'objectif commun

Lorsque les échanges deviennent personnels, le manager peut rappeler ce qui rassemble encore l'équipe.

Quel est l'objectif partagé ?

Que cherchent ensemble les collaborateurs ?

Quels résultats souhaitent-ils obtenir ?

Cette perspective ne fait pas disparaître les désaccords.

Elle rappelle que les personnes travaillent pour une finalité commune.

Le conflit cesse progressivement d'opposer deux individus.

Il redevient une difficulté que le collectif cherche à résoudre.

Clarifier les règles de fonctionnement

Certains conflits reviennent régulièrement parce que les règles restent implicites.

Qui décide ?

Qui informe qui ?

Comment les priorités sont-elles définies ?

Que fait-on lorsqu'un désaccord apparaît ?

Le manager peut profiter du conflit pour clarifier ces repères.

Les règles ne suppriment pas toutes les tensions.

Elles réduisent cependant une grande partie des malentendus.

Un cadre explicite protège les relations.

Savoir quand intervenir directement

Le manager ne doit pas arbitrer tous les désaccords.

Deux collaborateurs peuvent résoudre eux-mêmes certaines difficultés.

À l'inverse, certaines situations nécessitent une intervention rapide.

Notamment lorsque :

  • le conflit perturbe durablement le travail
  • plusieurs personnes sont touchées
  • un comportement manque de respect
  • un collaborateur se retrouve isolé
  • les tensions empêchent la coopération

Dans ces cas, le silence fragilise davantage le collectif que la conversation.

Et lorsque le conflit persiste ?

Il arrive qu'un dialogue ne suffise pas.

Les positions restent éloignées.

La confiance demeure fragile.

Le manager peut alors organiser plusieurs temps d'échange.

Faire appel à un tiers de confiance au sein de l'organisation.

S'appuyer sur les ressources humaines lorsque la situation le nécessite.

L'objectif n'est pas de forcer une réconciliation.

Il est de permettre au travail collectif de redevenir possible dans un cadre respectueux.

Certaines relations ne deviendront jamais très proches.

Elles peuvent néanmoins redevenir professionnelles et fonctionnelles.

Les erreurs les plus fréquentes

Certaines réactions aggravent involontairement les conflits.

Par exemple :

  • choisir immédiatement un camp
  • minimiser la difficulté
  • attendre trop longtemps
  • rechercher un coupable plutôt qu'une compréhension
  • régler le conflit devant l'équipe
  • imposer une solution sans écouter les personnes concernées
  • considérer qu'un échange suffit à résoudre définitivement la situation

Le rôle du manager consiste moins à trancher rapidement qu'à créer les conditions d'un dialogue durable.

Questions fréquentes

Un manager doit-il intervenir dans tous les conflits ?
Non. Certains désaccords peuvent être résolus directement entre les personnes concernées. Le manager intervient lorsque le conflit dure, perturbe le travail, fragilise le collectif ou lorsque les collaborateurs n'arrivent plus à dialoguer.
Faut-il réunir immédiatement les deux personnes ?
Pas toujours. Il est souvent préférable de rencontrer chacun individuellement afin de comprendre les perceptions, les faits et les attentes avant d'organiser une rencontre commune.
Comment éviter de prendre parti ?
En s'appuyant sur les faits observables, en écoutant les différentes perceptions et en recherchant la compréhension de la situation plutôt que la désignation d'un responsable.
Que faire si le conflit revient régulièrement ?
Un conflit récurrent révèle souvent un problème plus profond : responsabilités floues, règles implicites, manque de coopération ou tensions organisationnelles. Il est alors utile d'agir sur ces causes plutôt que sur les seuls symptômes.
Peut-on éviter tous les conflits dans une équipe ?
Non. Les désaccords font partie du travail collectif. L'objectif n'est pas de les supprimer, mais de permettre qu'ils soient exprimés et traités de manière constructive.

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